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Un cheminement particulier

 

L'Art naît d'un pressentiment intérieur.

 

Dans l'enfance de l'artiste, lorsque le monde extérieur n'a pas encore accaparé toute l'attention de sa conscience, l'âme garde le souvenir de l'au-delà, un au-delà de béatitude.

 

 

 



Campagne italienne

Oreste Conti, Paysage d'Enfance

Huile sur papier

Dans les beautés de la nature, dans l'avènement du printemps, dans la lumière qui joue avec les formes, les colore, les fait miroiter, parfois dans la beauté d'un visage, d'un sourire, l'enfant perçoit encore les échos de l'univers auquel il vient d'être arraché.

 

Alors, avant de se laisser engloutir par le monde redouté et angoissant des hommes, il s'efforce d'imprimer dans son âme le souvenir du paradis perdu, qu'il sent s'éloigner de lui inexorablement.

 

Il engrange les émotions, les sentiments, les images qui évoquent le souvenir de la beauté intérieure.

 

En lui-même," il sème des petits cailloux "sur le chemin qui l'en éloigne, dans l'espoir de retrouver un jour le chemin du retour.

Son enfance, il la vit dans la campagne italienne, avec sa mère, son père les ayant quittés alors qu'il avait cinq ans, au moment où la deuxième guerre mondiale éclate. Depuis le hameau où il habite, chez une tante au sommet d'une colline, il voit les prés, les bois, les montagnes, les vallées s'étaler tout autour de lui, jusqu'au lointain. Il les parcourt, ivre d'espace et de nature.

Cependant, les bruits de la guerre parviennent jusqu'à lui. Des partisans s'enfuient, d'autres sont pendus. Les bombardiers survolent la région et il entend leurs bombes exploser sourdement sur la ville où sa mère travaille. Certains jours se déroulent dans la crainte, mais le plus souvent il communie pleinement avec la nature, parfois jusqu'à l'extase. L'annonce du printemps, l'éveil des premiers bourgeons, la naissance des premières feuilles, la ronde des oiseaux qui construisent leurs nids, l'emplissent d'un bonheur indicible. La disparition, dès l'ouverture de la chasse, d'un oiseau qu'il avait amoureusement élevé, un retard prolongé de sa mère lorsqu'il l'attend le samedi soir, le plongent dans l'angoisse.

"Je gardais des agneaux, que mon père déposait à la ferme, en passant.

Je les chérissais de toute mon âme, je les conduisais à travers la campagne, sans limites, leur choisissant les meilleurs pâturages. Jusqu'au déchirement de la séparation."

 Un jour, en gardant ses moutons,  auprès d'une source, ses pieds s'enfoncent dans une argile molle et douce au contact. Lorsqu'il les pose sur la partie plus ferme de cette argile, il se retourne et s'aperçoit que ses pieds nus ont laissé des empreintes précises que l'eau claire emplit peu à peu sans les déformer. Il prend plaisir à malaxer cette argile, à la pétrir, puis à la modeler.

Il se rend compte qu'il a le pouvoir de recréer, même maladroitement, les brebis, et d'autres animaux qu'il admire tant. Il ne sait pas encore qu'il est possible de faire cuire cette pâte, et donc de la conserver indéfiniment, il ne sait pas encore que des "artistes" l'utilisent depuis des millénaires.

 

Mais sa vocation prend naissance à cet instant.

Peu de temps après, à l'école, il va découvrir le crayon, la plume, les couleurs. Des images, des peintures sur les murs de la classe et dans les livres vont le faire accéder à d'autres modes d'expression qui lui permettront de fixer dans le temps les sensations qu'il ressent en contemplant la nature.

Plus tard, émigré en France à l'âge de 11 ans, il découvrira l'art et les artistes. Le directeur d'école qui l'accueille va beaucoup l'aider. Après lui avoir mis un zéro pour un dessin qu'il croit avoir été réalisé par un adulte, il l'encourage dans cette voie, en organisant en classe et à l'extérieur des séances de dessin et de peinture. 

Il sera donc artiste.

Et sa création consistera à transcrire la beauté, chaque fois qu'il pressentira en elle la présence de la perfection divine.

Venise copie de Guardi

 

Oreste Conti, Copie d'après Guardi

Huile sur toile

 

Bas-relief - pierre

Oreste Conti, Le Voile

Pierre de Bourgogne

Son talent s'épanouit et s'affirme au cours de trois années d'études à l'École Nationale d'Art de Nice. Entre quinze et dix-huit ans. Les résultats sont prometteurs :

Premier Prix de Sculpture

Premier Prix de Dessin

Premier Prix de Céramique

Premier Prix d'Histoire de l'Art

Prix du Ministre

Prix des Anciens Élèves

Il a 18 ans, et sa voie lui semble toute tracée, la beauté sera son credo, la création son cheminement.

Mais malgré l'intervention du Directeur de l'Ecole d'Art, Monsieur Louis Dussour, il ne peut obtenir une bourse qui lui aurait permis de continuer ses études aux Beaux Arts de Paris, du fait qu'il est de nationalité italienne.

Il se retrouve totalement démuni et sans ressources. Le monde des adultes lui semble inaccessible, étranger, et lui fait peur en raison d'une très grande inhibition. Il se sent mal à l'aise avec les autres, rougissant et tremblant à la moindre question qui lui est posée. Il a l'impression qu'un mur le sépare de la société des humains. Il n'a jamais osé adresser la parole à une jeune fille, et lorsqu'une d'elles l'aborde ou lui sourit, il rougit et une grande angoisse le paralyse. Il en souffre beaucoup.

 

Extrêmement vulnérable, il s'isole dans sa création, avec comme seule compagnie les grands Maîtres et les grandes œuvres de tous les temps.

Mais une carrière artistique nécessite obligatoirement un engagement social.

L'adolescent sait qu'il en est incapable.

Désorienté, sans voie d'issue, il se concentre plus intensément sur une autre recherche qu'il n'a d'ailleurs jamais quittée, la recherche spirituelle.

Celle-ci n'exige pas de confrontation avec les autres. C'est un chemin direct, sans intermédiaire, et la solitude lui est favorable. Il croit se sentir appelé.

Mais malgré son intensité, l'expérience du divin est brève. Le moment de la libération n'est pas encore arrivé.

Il n'en n'a pas fini avec le monde terrestre. Malgré toutes ses difficultés, le talent qui lui a été donné devra être cultivé.

La porte qui donne accès au sacré s'est rapidement refermée. Il se retrouve à nouveau isolé et totalement désemparé.

C'est dans la beauté de la nature, des saisons, des plantes, des animaux, de la lumière qu'il avait cru retrouver les traces familières d'un paradis perdu. Mais le monde qu'il allait devoir affronter était celui des humains. Un monde dans lequel l'adolescent, sensible, émotif, idéaliste, se sent totalement inadapté.

Dans son désarroi, il pense trouver un secours dans une main féminine qui lui était tendue, mais la main qui lui promet de l'aider était une griffe manipulatrice. Durant plus de vingt ans il subira humiliation sur humiliation, sans avoir la force de se révolter, avec comme seul remède le travail. Il se fait tailleur de pierres travaillant jusqu'à l’épuisement et dans le désarroi pour essayer de faire taire sa   souffrance.  Il ne peut que plier le dos, sous le joug, sous la contrainte d'une créature inconsciente.

Trahi, dépossédé de lui-même, il va faire l'expérience d'une très longue, très douloureuse et totale perdition.

Mais un jour, il retrouve quelques uns de ses dessins. Au cœur de la nuit, un pressentiment imperceptible, un vague souvenir vient lui dire que l'art est encore possible. Du fin fond de son être un souffle de vie qu’il croyait totalement disparue l’anime à nouveau. Sous la souffrance, l'espoir d'une libération  est restée vive. Cependant il sait qu'il. met sa vie en danger. Mais il n’a plus rien à perdre. Pour la première fois de sa vie il va oser crier , il va oser se révolter.

A présent plus rien ne peut l'empêcher d'obtenir la liberté. C’est une main véritablement secourable qui cette fois  le  sauve. Une main invisible. Une main qui prend la sienne et  lui glisse un crayon entre les doigts. Alors, une petite lumière lui apparaît qu'il ne peut traduire sous son crayon que par la flamme d'une bougie éclairant la pâleur d'un gisant.

Un visage exsangue, halluciné, expression de l'enfer traversé, sera ainsi le départ d'un nouveau cheminement artistique.

 

La Bougie

 

Oreste Conti, La Bougie

Crayon sur papier


 

L'œuvre s'accomplira donc coûte que coûte. Mais ce ne sera plus la beauté idéale pressentie dans son enfance.

Elle renaîtra après qu'il ait intégré les ténèbres de ce monde. Elle renaîtra de l’expression de la plus profonde souffrance morale. Elle renaîtra des épreuves traversées. Elle renaîtra à l'instant où l'homme, ayant perdu jusqu'au souvenir de la création artistique, pourra regarder en face, le néant dans lequel il a été plongé.

 

Cette parabole lui revient alors à l'esprit : "si la graine tombée dans la terre ne meurt, elle demeure seule. Mais si elle meurt, elle porte beaucoup de fruits."

 

Il va donc recommencer la création comme au premier jour, en balbutiant.

Les visages se succèdent, certains évoquent des poissons morts, échoués sur la grève. D'autres se délitent dans des atmosphères incertaines, le regard hagard. Mais peu à peu ils se redressent, reprennent vie, s'affermissent, se colorent, transfigurés par l'effort de la sublimation.

 

 

L'Accolade

Cependant des prédateurs, les manipulateurs, sont toujours aux aguets, ayant du mal à lâcher une proie fragile dont ils pensent  pouvoir facilement abuser.

C'est donc encore dans la lutte, que l'œuvre va se poursuivre. Lutte contre les autres, lutte contre soi même. Lutte contre la peur persistante des autres, contre la peur intériorisée de la réprobation qui l'empêche de pouvoir réagir au moment opportun contre les manipulations.

 Mais   c'est grâce à cette lutte que les formes vont se construire.

Viennent les formes solides, grâces auxquelles l'artiste se reconstruit physiquement et psychologiquement. Apparaîtront les Lutteurs, les Longues Marches, les Retrouvailles, les Couples, les Réconciliations.

 

Peu à peu, les formes s'adoucissent, les couleurs s'éclairent, vient le temps de la liberté, du sourire, de la lumière, de l'enfance retrouvée. L'Envol

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