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Oreste CONTI

 

Réflexions sur l'Art

 

 

Dans ce monde où je me suis égaré comme un étranger désemparé, malmené souvent pour avoir suivi un chemin qui ne correspond pas au courant matérialiste et superficiel de notre époque j'ai survécu grâce à l'Art,  et grâce à quelques rencontres d'exception.

 

Dostoïevski, dans "L'Idiot", fait dire au Prince Michtine : "La Beauté Sauvera Le Monde". Cette prédiction riche de sens et d'optimisme m'a beaucoup aidé, légitimant s'il en était besoin la foi que j'avais et que j'ai toujours en la création.

 

Cependant, à l'heure d'aujourd'hui, où l'on nous affirme et martèle que tout est art, cette prédiction semble inexorablement vouée aux oubliettes.

 

Depuis des décennies, l'art "témoin de son temps", ne peut que nous dire une décadence qui ne cesse de s'amplifier.

 

Pourtant, quoiqu'on en dise, quoiqu'on en ait fait, l'art existe toujours, des artistes survivent, discrets, effacés, diffamés parfois. L'art continue, toujours aussi nécessaire, plus que jamais sans doute. Car l'art, avant même le spirituel, a su donner un sens à la vie, il a permis aux hommes de croire en eux-mêmes, aux civilisations de grandir, de s'efforcer vers l'absolu, de l'atteindre parfois. L'art est un cadeau que Dieu a fait aux hommes pour leur permettre de participer à sa propre création.

 

"La feuille d'acanthe, c'est ce que Dieu aurait fait de l'artichaut s'il avait demandé leur avis aux hommes". André Malraux l'agnostique nous dit pourtant dans "Les Voix du Silence" le désir d'absolu qui a toujours caractérisé l'homme, depuis l'âge des cavernes.

 

L'homme a toujours aspiré à la perfection, qu'il pressent parfois au fond de lui-même. Perfection des formes tout d'abord, de l'harmonie, perfection du monde. André Malraux dit aussi : "Le monde est fait pour aboutir à un tableau".

 

Mais il y a deux mille ans, le Christ, au grand désarroi des hommes, vient lui, nous parler de la perfection de l'âme. Les créateurs perdent alors tous leurs repères et se taisent.

 

Mais lorsque Giotto apparaît plus de mille ans plus tard, nous savons que l'artiste, d'abord écrasé par le poids de cette incommensurable exigence, renaîtra de ses cendres. Maladroitement, en titubant, depuis les catacombes, il s'efforce d'intégrer ce nouveau et grandiose idéal et finalement s'en enrichit prodigieusement. Les plus grands maîtres sont nés de cette double aspiration. Quand au mot beauté, il prendra de ce fait un sens infiniment plus large et plus profond aussi. A savoir que la condition humaine, même dans son aspect le plus tragique, peut être source d'inspiration de création et donner naissance à des œuvres majeures qui à leur tour donneront un sens à la tragédie humaine. Mais cet acquis, cette richesse, du fait même de l'abnégation et de l'effort mental qu'elle requiert, sera de moins en moins évidente de moins en moins acceptée et aboutira aux ambiguïtés des temps modernes.

 

"Mon art à moi, j'y laisse ma vie, et ma raison y a sombré à moitié" dira Vincent Van Gogh dans une de ses lettres à son frère Théo. Vincent le méprisé, le sacrifié.

 

 Je dirais pour ma part : "mon art à moi m'a sauvé la vie et lui a donné un sens". C'est la raison pour laquelle j'y consacre désormais toutes mes forces et toute ma foi.

 

Oreste Conti