Voici comment le sculpteur Oreste Conti définit l'inspiration baudelairienne de sa sculpture :

« Je suis belle, ô mortels ! comme un rêve de pierre, 
Et mon sein, où chacun s’est meurtri tour à tour, 
Est fait pour inspirer au poète un amour 
Eternel et muet ainsi que la matière.»

Comment un sculpteur ne serait-il pas fasciné par ces vers ? Surtout lorsque la beauté a été le crédo de toute sa création…

Mais ce qui fait que j’ai ressenti en 
Baudelaire une fraternelle complicité c’est que sa perception de la beauté ne se limite pas à la beauté des formes. Il va la chercher dans ses derniers retranchements… Il prend ce qui a priori semble voué à la perdition pour en faire du diamant. Dans sa poésie « Les Petites Vieilles », sujet que je retrouve dans maintes de mes œuvres, et que j’essaie ici d’illustrer par trois petites sculptures, Baudelaire, comme d’ailleurs Rembrandt, nous dévoile une beauté qui n’est pas destinée aux yeux mais à l’âme.

Il ne s’agit pas de compassion, il s’agit bien d’amour. Il s’agit de la fascination amoureuse d’une âme d’artiste qui, ayant dépassé toutes les illusions éphémères de l’homme, rencontre des êtres que la vie a poussés aux limites extrêmes de leur parcours, là où l’éternité reste la seule expectative.

Beauté de la tragédie sublimée dans « Bénédiction », où je retrouve des moments de mon parcours.

Beauté du doute et de la perdition dans « La Muse Malade ».

Beauté dans « Le Vampire », un enlisement que je connais bien.

Beauté dans « L’Ennemi », ténèbres et fulgurances.

Sublimation poétique d’une morte inconstante, dans « Remords posthume ».

Et pour que cette beauté nous soit perceptible, 
Baudelaire en fait une symphonie. C’est le propre de la poésie que de pouvoir marier description et musicalité.

Une sculpture est par essence immobile. Ce sont les formes qui nous sollicitent. Mais si elle est privée du geste dans le temps, elle peut nous émouvoir par les volumes, et les attitudes peuvent la rendre tout aussi expressive qu’un poème.

Chaque mode d’expression artistique utilise son langage propre, mais c’est en le sublimant qu’il pourra exprimer l’inexprimable. Et, percevoir, en une poésie autre chose que des paroles, dans une sculpture autre chose que des formes, à savoir l’âme de l’artiste.

Je n’imagine donc pas pouvoir transformer une poésie en une sculpture, mais je retrouve chez 
Baudelaire des sujets qui sont les miens depuis toujours et la même passion à saisir des instants de la vie pour en faire des moments d’éternité ».

 Oreste Conti