Exposition

Peintures et sculptures

Peymeinade

du 8 au 22 janvier 2010




Article de Joëlle Olivero, paru dans Nice Matin le 14 janvier 2010




Article de Marc Hettinger, paru dans le journal municipal de Peymeinade, mars 2010

















Texte du discours

Madame le maire je vous remercie pour cette exposition, pour votre accueil mais je vous remercie plus encore pour votre engagement en faveur de la culture, que vous avez annoncé dès votre élection. Comme dirait mon amie Jacqueline Verdini, dont les affiches ont récemment fleuri les rues de Peymeinade, "en ce moment elle en a bien besoin, la culture."

Je remercie également monsieur Deletang, votre adjoint, ainsi que mademoiselle Soler, pour leur soutien et leur compétence.

C’est la première fois que j’expose ici, en ces lieux où j’ai pourtant passé les plus nombreuses années de mon existence, un peu comme un étranger, en raison d’une situation moralement désastreuse. Car j’étais mal dans mon travail de tailleur de pierres, mais bien plus mal dans ma vie privée ou je vivais un véritable enfer, dans le silence et une apparente normalité. L’art m’a sauvé, mais il porte inévitablement les empreintes d’un vécu déchiré.

Des visiteurs me demandent souvent si les œuvres qu’ils découvrent à mon atelier, sont le fait de plusieurs artistes. A une époque ou certains arrivent à faire très facilement carrière en n’exposant que des toiles toutes blanches ou toutes noires, cela peut surprendre et faire désordre. Jai donc pensé que cette première exposition était l’occasion d’essayer de dire quelques unes des raisons de cette diversité.    

Oreste CONTI


"Je voudrais vous dire quelques mots sur l'art, et sur mon parcours artistique. L'art, des musées, l'art des grands maîtres, est la création, la manifestation de l’homme  la plus élevée, elle rejoint par l’esprit la création divine, l'art à son plus haut niveau nous ouvre les portes du sacré.  

André Malraux, qui doute et qui se dit athée ne cesse de nous dire dans ses ouvrages,  que l'art nous élève vers l'absolu. Il avait des phrases lapidaires et percutantes. Par exemple : "Le monde est fait pour aboutir à un tableau". Il a tout dit. La beauté, la laideur, la joie et le drame incitent le créateur à réaliser un tableau qui va donner un sens au monde, à la vie, à la mort.   Pour ma part, les œuvre de Rembrandt, de Léonard de Vinci, de Giotto, du Greco et bien d'autres, m'ont toujours exalté et toujours consolé dans les moments les plus difficiles de ma vie et m'ont permis de ne jamais désespérer de l'homme.  

Adolescent, j’aurais voulu ne créer que des œuvres idéales et lumineuses. Mais la vie m’a imposé un autre cheminement. La vie m’a appris que dans ce monde les ténèbres occupent la moitié de l’espace et du temps. Que le mal est aussi présent et actif que le bien, Que laideur et beauté cohabitent souvent. Tout comme sont indissociables la vie et la mort. La vie m’a appris que l’on ne peut ignorer impunément la moitié sombre de ce monde.  

En raison d'une extrême fragilité, très émotif, très timide, en un mot mal adapté à ce monde, j'ai souvent été victime des prédateurs, c’est-à-dire  des escrocs, des mauvais, des médisants, que la vulnérabilité attire, comme le sang des bêtes blessées attire les charognards dans la foret. Ceci m’a permis si l’on peut dire, de connaitre très tôt la face noire  de l’humanité.  

Pourtant lorsqu’a 18 ans j’ai quitté l'école nationale d'art de Nice avec un premier prix dans toutes les disciplines abordées : dessin, sculpture, céramique, histoire de l’art, Prix du ministre et prix des anciens élèves, je croyais ma carrière artistique toute tracée. Mais j’étais italien. Une bourse réclamée par mon directeur qui souhaitait me voir me présenter au concours de Rome  m’a été refusée. Je me suis donc efforcé de poursuivre seul l’étude et l’exercice de l’art, avec comme seul moyens ma vocation et ma passion. Et ma vulnérabilité.  

Mais c'est à ce moment là que ma vie a basculé. J'avais 20 ans.   J'ai été piégé  par une démoniaque, qui ayant perçu ma vulnérabilité m'a dit vouloir m'aider pour plus facilement m’entrainer en enfer. Totalement désorienté par le comportement sordide et pervers de cette créature, j’ai sombré.  

J'ai du me faire tailleur de pierres pour faire vivre une famille très vite nombreuse. Un calvaire qui a duré 25 longues années durant lesquelles j’ai été  coupé de tous mes rêves d'adolescent. La découverte d’un grand artiste qui avait lui-même traversé des épreuves dramatiques, et qui est devenu mon ami, le souvenir et le désir de l’art retrouvé, mais aussi le désespoir accumulé,  m'ont permis un jour de secouer le joug et de me sortir de l’esclavage dans lequel j’avais été enfermé. C’est un miracle qui m’a sauvé d’une tentative d’assassinat, minutieusement préparée par une intense campagne de calomnies. Libéré j’ai enfin pu reprendre mon cheminement artistique. Mais il m’a fallu exprimer d’abord la souffrance et la perdition traversées.  

Des visages sont apparus sous mon crayon, des visages de mourants, des visages en perdition, des visages hagards, des visages hallucinés. Puis peu à peu les formes se sont affirmées, des couleurs sont apparues. Un long cheminement de reconstruction a commencé au début duquel j’ai retrouvé un instant le travail que j’avais entrepris adolescent, sur les traces des créateurs du passé.   Puis en raison des épreuves, mon art a pris une direction différente, plus personnelle, à la recherche d’une lumière qui ne se trouve pas en ce monde, mais qui se trouve au cœur de nous-mêmes.  

Je sais maintenant l’existence des ténèbres, je sais l’existence des monstres. Mais j’ai compris qu'ils sont destinés à nous faire grandir. Tout comme la souffrance, le drame et la tragédie. C’est pour cette raison qu’ils vont apparaître encore dans mes œuvres, jusqu’au jour ou toute peur sera bannie. Pourtant Dostoïevski, en 1886, écrivait: "La beauté sauvera le monde". C'est le nom de notre association, que nous avons créée avec un optimisme désespéré, comme une bouteille jetée à la mer.

Si j’ai dit ces quelques mots de mon parcours, c’est surtout pour dire combien je considère l’art et la création comme une source de vie, une nourriture pour l’âme, mais aussi un chemin qui pourrait nous élever au-dessus des valeurs matérialistes de notre époque. Je vous remercie."

Texte lu par Christelle Conti